L'irrigation traditionnelle reconnue comme patrimoine culturel immatériel de l'Humanité

Les connaissances et savoir-faire en matière d'irrigation traditionnelle font partie, depuis ce 5 décembre 2023, du patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO.

Ce dossier introduit conjointement par sept pays (l'Autriche, la Belgique, l'Allemagne, l'Italie, le Luxembourg, les Pays-Bas et la Suisse) a été inscrit sur la « Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'Humanité » lors de la dix-huitième session du Comité intergouvernemental de sauvegarde du patrimoine culturel immatériel à Kasane, au Botswana.

L’irrigation traditionnelle - une tradition centenaire

L'irrigation traditionnelle est un type d'irrigation agricole qui repose sur l'utilisation stratégique de la gravité et de systèmes construits manuellement, tels que les canaux et les fossés, pour acheminer l'eau des sources naturelles vers les champs et prairies. A une période précise de l’année, de petits fossés sont temporairement creusés où l'eau est endiguée, ce qui crée un débordement. Pour utiliser cette méthode de manière durable et efficace, une connaissance approfondie du paysage, de l'écoulement de l'eau et des conditions météorologiques est nécessaire.

Au niveau belge, deux canaux sont encore en activité à l’heure actuelle et représentent les deux systèmes typiques d’irrigation traditionnelle des prairies en Belgique : l’irrigation en plaine à Lommel et l’irrigation en moyenne montagne à Cierreux. Le canal d’abissage de Cierreux est un exemple significatif de revitalisation de la pratique en Wallonie. Si de nombreuses traces de canaux d’abissage subsistent sur le territoire wallon, il s’agit du seul canal encore en activité en Ardenne belge.

Sauvegarder et documenter les traditions régionales et les savoirs locaux

La Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel met l'accent sur les connaissances traditionnelles des populations et leur utilisation des ressources locales et de l'environnement, et attire l'attention de la communauté internationale sur les diverses traditions vivantes. L'irrigation traditionnelle apporte une contribution importante au développement durable, à la gestion des ressources naturelles et favorise la cohésion au sein de la communauté. Par exemple, cette pratique permet d'atténuer les effets du changement climatique au niveau local car elle contribue à l'augmentation du niveau des eaux souterraines et prévient les inondations. Elle a également un impact positif sur la préservation de la biodiversité locale qui se forme autour des zones irriguées.

L'irrigation traditionnelle est une solution communautaire, durable, indépendante de l'énergie externe et axée sur la biodiversité pour l'approvisionnement en eau agricole. Elle revêt une grande importance tant pour la société dans son ensemble que pour l'environnement.

L'inscription marque l'aboutissement d'un processus de plusieurs années

La coopération autour de ce dossier a débuté en 2020. Des praticiens et praticiennes de sept États ont préparé cette candidature multinationale avec des experts et expertes, des ONG, des parcs naturels et des organismes publics afin de rendre visibles, au niveau international, les connaissances et savoir-faire, l'importance culturelle et les pratiques sociales associées à l'irrigation traditionnelle. Le travail intensif autour de la candidature s'est poursuivi jusqu'en mars 2022, date à laquelle la candidature de « L'irrigation traditionnelle : connaissance, technique et organisation » a été soumise à l'UNESCO pour inscription sur la liste représentative. La reconnaissance de cette pratique comme patrimoine culturel immatériel de l’Humanité marque donc l’aboutissement d’un processus long de plusieurs années.

 

Pour de plus amples informations

• Pierre Luxen : pierreluxen(at)gmail.com

• Plus d’informations sur la reconnaissance de l’abissage en Fédération Wallonie-Bruxelles

• Découvrez la capsule vidéo « Ça se vit près de chez vous ! » consacrée à l'abissage