Le jeu de fer est le jeu populaire tournaisien par excellence. Souvent décrit comme à mi-chemin entre le billard et la pétanque, il se joue depuis des générations et continue de rassembler amateurs et passionnés. Aujourd’hui encore, quelques 350 joueurs, leurs sociétés, leur fédération, le comité et différentes institutions culturelles veillent à son développement et à sa transmission.
D’où vient-il ? Depuis quand les Tournaisiens s’y adonnent-ils, que ce soit dans les estaminets ou ailleurs ? Comment a-t-il évolué au fil du temps ? Certains racontent qu’il aurait des origines françaises, d’autres le disent flamand, mais rien ne permet de l’affirmer. À Tournai, c’est à partir du 19 siècle qu’il prend véritablement son essor. Quelle que soit son origine, le jeu de fer traverse les époques et fait toujours partie du quotidien des féristes. Transmis de joueur en joueur, ce jeu perpétue une tradition où l’adresse et la stratégie se mêlent à la convivialité.
Un travail de recherche, réalisé par le Musée de Folklore et des Imaginaire de Tournai (MuFIm), auprès des joueurs et sociétés de jeu de fer a permis de mettre en évidence un patrimoine extrêmement riche et complet : le jeu, ses règles, son histoire, son patrimoine mobilier, le vocabulaire qui y est associé, en français comme en picard.
Emblème de la convivialité tournaisienne
Les joueurs doivent utiliser une queue de billard taillée en biseau pour faire glisser les fers (palais en métal) sur une longue table de bois afin de se rapprocher le plus possible de l’étaque : la dernière d’une série de broches métalliques. Le jeu de fer se joue en équipe, le plus souvent à deux contre deux et traditionnellement dans les cafés. Chaque année, les sociétés de joueurs organisent des compétitions, des tournois et des rencontres amicales.
Les joueurs sont répartis en dix-sept sociétés et presque autant de cafés où ils taquinent le fer toute l’année. Le jeu est considéré, et cela même par les tournaisiens qui ne s’adonnent pas à la pratique, comme un élément faisant partie intégrante de la culture populaire de Tournai. C’est un véritable marqueur identitaire pour les joueurs. La pratique est tellement liée à la ville que les différents documents qui la décrive la nomment toujours « jeu de fer tournaisien », et que l’iconographie qui s’est développée autour d’elle inclut d’autres éléments emblématiques de Tournai, comme la fleur de lys, reprise sur le blason officiel du jeu de fer. De plus, avec le développement d’un vocabulaire particulier dans le dialecte local, le sentiment d’identité tournaisienne est encore renforcé.
La reconnaissance comme élément emblématique du patrimoine immatériel a permis de rafermir les liens entre le MuFIm et les jeueux d’fier et d’élaborer ensemble des projets de valorisation de la pratique du jeu et de promotion auprès des jeunes générations, comme la création d’un dossier pédagogique et d’une exposition qui ouvrira ses portes en octobre prochain.
Entre fers lancés, vocabulaire d’initiés et souvenirs d’estaminets, le jeu de fer n’a pas dit son dernier mot. Il vit encore, il se raconte, il se joue.
- Vous trouverez plus d’informations sur la reconnaissance de "Le jeu de fer tournaisien" sur l'inventaire du patrimoine immatériel
En guise d’illustration, voici trois images :
- Tournoi accueilli par la société des Escampeux, avril 2023.
- Chemise brodée au nom de la Société de joueurs "Les escampeux".
- Initiation au jeu de fer, Nuit des musées 2023
- Broches ouvragées




